Le Conseil de sécurité examine la situation en Cisjordanie
11 Aout 2026: Le Conseil de sécurité s’est réuni pour examiner la situation en Cisjordanie, territoire palestinien en proie, ces dernières semaines, à une escalade de la violence imputée essentiellement aux colons israéliens. Alors que le fragile cessez-le-feu à Gaza et les tensions régionales accaparent une grande partie de l’attention de la communauté internationale, la Cisjordanie est « au bord de l’explosion », a averti M. Ramiz Alakbarov, Coordonnateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient. Loin d’être une détérioration soudaine, « c’est le résultat de décennies de conflit non résolu qui ont aggravé l’occupation israélienne illégale, conduit l’Autorité palestinienne au bord de l’effondrement et compromis les perspectives d’un État palestinien indépendant, viable et souverain », a-t-il observé.
Mettant l’accent sur le lourd bilan humain de ces évolutions, il a indiqué que les chiffres provisoires de 2026 sont éloquents: pas moins de 3 800 Palestiniens ont été déplacés en raison de la violence, de démolitions et d’expulsions. Une violence qui atteint « des niveaux sans précédent », a souligné M. Alakbarov, précisant que, depuis le début de l’année, l’ONU a recensé plus de 1 430 incidents impliquant des colons israéliens, avec, à la clef, des pertes humaines, des dégâts matériels ou les deux, souvent en présence des forces israéliennes.
Outre l’expansion des colonies, il s’est également inquiété de la rapidité avec laquelle de nouvelles réalités sont créées sur le terrain, évoquant la prolifération d’avant-postes agricoles et pastoraux. Ne nécessitant qu’un petit nombre de colons, ils permettent de contrôler de vastes étendues de terres qui pourraient représenter près de 20% de la Cisjordanie, a-t-il signalé.
Pour M. Alakbarov, les nouveaux avant-postes, établis souvent avec le soutien de l’État israélien, « redessinent le paysage de la Cisjordanie, affaiblissent la gouvernance palestinienne et font progresser l’annexion de facto ». De fait, a-t-il ajouté, « si la Cisjordanie continue de se désintégrer, cela compromettra non seulement la mise en œuvre de la résolution 2803 (2025) du Conseil de sécurité, priorité absolue de la communauté internationale, mais réduira encore davantage les perspectives de mettre fin à l’occupation et de parvenir à une paix israélo-palestinienne négociée, fondée sur la solution des deux États ».
Les enfants en première ligne de la violence
De son côté, la Directrice générale adjointe du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a alerté le Conseil sur la détérioration de la situation humanitaire des enfants palestiniens en Cisjordanie occupée, sous l’effet de l’intensification des opérations militaires, de la violence croissante des colons, des déplacements forcés et des restrictions de mouvement. Entre janvier 2024 et la fin de juillet 2026, l’ONU a confirmé la mort de 174 enfants palestiniens et les blessures infligées à plus de 1 500 autres, a rapporté Mme Hannah Sulieman, indiquant que les garçons, en particulier les adolescents, constituent la majorité des enfants tués et blessés.
Selon elle, les raids, les intimidations, les destructions d’habitations et d’écoles et l’insécurité permanente ont provoqué chez ces jeunes des troubles du sommeil, la peur de quitter le domicile, l’isolement et le décrochage scolaire. Plus de 800 000 enfants rencontrent désormais des obstacles à une éducation sûre et plus de 900 entraves supplémentaires à la circulation compliquent l’accès aux services essentiels, a-t-elle pointé, appelant à la protection effective des enfants.
Son appel a trouvé un écho dans plusieurs délégations, en particulier celles de la Lettonie et du Panama, cette dernière souhaitant que les jeunes Palestiniens, en Cisjordanie comme à Gaza, puissent bénéficier d’une éducation sans entrave, sans interruption ni intimidation. « Les écoles doivent demeurer des espaces sûrs, à l’abri des conséquences du conflit », a plaidé le représentant panaméen.
Terres palestiniennes contre terres « mentionnées dans la Torah »
Pour l’État de Palestine, « l’objectif d’Israël demeure de s’emparer d’un maximum de terres palestiniennes en y laissant un minimum de Palestiniens ». Selon lui, ses compatriotes sont désormais confinés sur 30% de la bande de Gaza, 40% de la Cisjordanie et 13% de Jérusalem-Est. « À l’État palestinien, reconnu par près de 160 États à travers le monde, Israël oppose l’État des colons, armé et déchaîné, avec son soutien total et sa complicité », a-t-il assené, ajoutant qu’en Cisjordanie, cette attaque contre le peuple palestinien s’accompagne d’une attaque contre l’Autorité palestinienne, « dont le rôle est essentiel pour préserver la présence palestinienne sur cette terre ».
Du vol de nos ressources financières à l’attaque contre nos institutions, Israël cherche à provoquer l’effondrement de l’Autorité palestinienne, dans l’espoir que cela précipite le transfert des Palestiniens hors de Palestine, a-t-il accusé, réclamant une nouvelle fois des actions concrètes sur le terrain pour contrer ces politiques, « plutôt que de simples condamnations dans les enceintes internationales ».
De son côté, Israël a assuré ne pas tolérer l’extrémisme et condamner les violences, qu’elles soient dirigées contre les Israéliens ou les Palestiniens. « La réalité sur le terrain est que les attaques d’extrémistes israéliens déclinent tandis que le nombre d’attaques palestiniennes va croissant », a toutefois relevé son représentant, assurant que son gouvernement renforce sa présence en « Judée-Samarie » dans un cadre global de lutte contre l’extrémisme juif, qui ne représenterait qu’une « infime fraction » de la population concernée. Des efforts couronnés de succès, d’après lui, puisque, durant le premier trimestre de 2026, 356 enquêtes ont été lancées, 20 inculpations prononcées et des condamnations décidées.
« L’Autorité palestinienne est censée nous aider à combattre le terrorisme, mais elle se soustrait de cette responsabilité », a accusé le délégué israélien, avant de dénoncer le « deux poids, deux mesures » du Conseil, « lorsqu’orateur après orateur, on entend parler uniquement des violences des colons ». « Les Juifs ne seront jamais des colons en Judée-Samarie », compte tenu de leurs liens historiques avec ces terres « mentionnées dans la Torah et même dans le Coran ». Si le Conseil veut la paix et la stabilité dans la région, « il doit comprendre une vérité simple: nous n’allons pas quitter la Judée-Samarie », a souligné le représentant.
La solution des deux États victime de l’expansion des colonies
À l’instar du Coordonnateur spécial adjoint, qui a dénoncé un « schéma clair » de déplacement forcé des populations palestiniennes et d’accaparement par les colons des terres « libérées », la plupart des membres du Conseil se sont élevés contre la poursuite par Israël de sa colonisation illégale. Une politique illustrée notamment par le plan E-1, approuvé par le Gouvernement israélien en août 2025, qui couperait la Cisjordanie en deux et menacerait la continuité territoriale des territoires palestiniens occupés.
Le Danemark s’est ainsi déclaré préoccupé par le lancement d’appels d’offres pour cette colonie, qui menace de séparer Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie. Pour que la vision des deux États se concrétise, « la trajectoire actuelle en Cisjordanie doit être inversée de toute urgence », a-t-il exhorté, rejoint par le Royaume-Uni, lui aussi catégoriquement opposé au plan E-1.
Alors que l’escalade militaire persistante d’Israël et son rejet de la feuille de route risquent de compromettre le plan de paix pour Gaza, on assiste en Cisjordanie à des mesures illégales et coordonnées visant à consolider l’occupation, à modifier les réalités démographiques et territoriales, et à compromettre les perspectives d’un État palestinien, a constaté le Pakistan. « À moins d’inverser cette trajectoire, les conséquences pour la solution des deux États -ainsi que pour la paix et la stabilité dans toute la région- pourraient être catastrophiques », a prévenu cette délégation. Un point de vue partagé par la Fédération de Russie, selon laquelle la Cisjordanie approche du point de « non-retour ».
Appelant pour sa part à redynamiser la solution des deux États, la Chine a fait valoir que « Gaza et la Cisjordanie font partie intégrante de la Palestine », tandis que les États-Unis et la France exprimaient leur rejet de la dynamique d’annexion engagée par Israël. Le représentant français a rappelé à cet égard que Paris et ses partenaires de l’Union européenne ont pris des sanctions contre les entités et individus responsables.
La Cisjordanie, indissociable de Gaza
Au cours de cette séance, de nombreuses délégations ont souligné à quel point la situation en Cisjordanie est indissociable de celle de Gaza et ont déploré, à l’instar de la France, le rejet par le Premier Ministre israélien de l’accord sur le désarmement du Hamas. Cette « exigence » figure au cœur de la Déclaration de New York « qui doit rester la feuille de route de notre action collective », a souligné la délégation.
Appelant la communauté internationale à appuyer le Conseil de paix du Président Trump, la délégation américaine s’est félicitée de l’engagement du Hamas en faveur d’un plan concret pour le désarmement et a exhorté tous les acteurs à s’engager dans cette « dynamique positive ».
