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APNU JEUNES: La guerre civile au Yémen et l’implication des Houthis

Depuis 2004, se sentant délaissés par le gouvernement depuis l’unification du pays en 1990, les Houthis (officiellement Ansar Allah, signifiant “aidant de Dieu/Allah”), minorité chiite surtout présente dans le nord, mènent une guerre sanglante contre les autorités yéménites. Les principaux chefs houthistes sont éliminés par l’armée officielle. Les rencontres diplomatiques et tentatives de paix qui s’ensuivent restent vaines ; les combats persistent, provoquant un nombre croissant de victimes. Au cours du printemps arabe en 2011, l’ensemble de la population se révolte contre le Président Saleh, au pouvoir depuis 33 ans. La révolution yéménite provoque ensuite la démission du président Ali Abdallah Saleh et de son gouvernement en 2012, remplacé par Abd Rabbo Mansour Hadi, élu démocratiquement. 

La guerre civile au Yémen éclate en 2014, suite à l’occupation de la capitale Sanaa par les rebelles Houthis. Précédé par des négociations houleuses, les rebelles prennent possession du palais présidentiel et renversent le Président Hadi. Dès 2015, le conflit s’internationalise par la création d’une coalition des États du Golfe, menée par l’Arabie saoudite, lançant une campagne de restrictions économiques, accompagnée de frappes aériennes contre les rebelles avec l’aide des Etats-Unis d’Amérique et de navires égyptiens et saoudiens, obstruant le canal Bab-al-Mandeb. Appelée Tempête décisive, cette opération tend au rétablissement du pouvoir de Hadi et à la défense du gouvernement légitime. En 2017, Saleh, qui s’était rapproché de l’Arabie saoudite, est tué par les Houthis. 

Les combats et les bombardements aveugles, effectués par toutes les parties, se prolongent avec une intensité rare, suscitant de nombreux déplacés et plusieurs centaines de victimes civiles. Les tentatives de médiation qui se cumulent au cours des années suivantes ne connaissent que des succès partiels et d’une durée limitée, dont une trêve de 6 mois en 2022, la première depuis 2016. Cette même année, le Président Hadi transfère irréversiblement ses pouvoirs présidentiels au Conseil de direction présidentiel, une institution exécutive transitoire créée cette année même et dirigée par Rashad al-Alimi, révélant rapidement ses limites. 

Le groupe armé revendique une baisse du coût pétrolier ; en effet, en 2019, les frappes de drones et de missiles houthis ont forcé Riyad à réduire sa production pétrolière de plus de 50 %, soit 5 % de l’offre mondiale, ainsi que l’instauration d’un nouveau gouvernement. 

Le conflit prend une nouvelle dimension fin 2023, lorsque les Houthis, en soutien aux Palestiniens de Gaza et profitant de leur contrôle sur le nord du territoire yéménite grâce à leur position stratégique du détroit de Bab-el-Mandeb, s’en prennent à des cibles en territoire israélien et des navires liés selon eux aux intérêts et commerces israéliens. Par conséquent, l’accès au canal de Suez est menacé, imposant de lourdes implications économiques sur le trafic maritime. Cette nouvelle crise aggrave la situation humanitaire catastrophique déjà présente depuis 2014, ainsi que l’accès de la population yéménite à l’aide humanitaire. 

Si le cessez-le-feu en début de 2025 à Gaza avait ramené le calme sur ce front, la reprise des bombardements israéliens a été le signal de la reprise de ceux des Houthis. En conséquence, le président américain Donald Trump a ordonné des attaques contre les Houthis, soutenus par l’Iran, profitant d’une mise en garde de la capitale iranienne Téhéran, espérant également de l’ordre et le rétablissement en région de la mer Rouge. Par ailleurs, elles servent d’avertissement au gouvernement iranien, avec lequel les Etats-Unis prévoient de conclure un accord sur la prévention d’armement nucléaire; cette démarche tactique montre les conséquences en cas d’annulation du côté iranien des négociations sur le développement nucléaire. 

Solutions humanitaires de l’ONU: 

Plus d’une décennie de conflit au Yémen a engendré l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Sa durée prolongée, le mépris affiché par les parties pour le droit humanitaire international, dont les bombardements indiscriminés, le blocage des ports dont dépend une bonne part de l’approvisionnement alimentaire, ont eu des conséquences catastrophiques pour une grande partie de la population civile yéménite. S’y est ajoutée la réduction drastique des budgets humanitaires à destination de ce pays.  

Après plusieurs années de recherches, les Nations Unies ont publié un rapport en 2018, qualifiant le conflit de « pire crise humanitaire mondiale », d’après plusieurs envoyés spéciaux. Le conflit, associé à la récession économique et aux maladies récurrentes, a laissé près de 18 millions de personnes, soit la moitié de la population, en situation d’insécurité alimentaire et d’assistance médicale. 4,8 millions d’habitants sont des déplacés internes, dont 75% de femmes et d’enfants, vivant majoritairement dans des camps. 4000 enfants ont été tués directement par le conflit, et plus de 7000 mutilés. Près de 3 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë selon l’UNICEF et 5 millions accusent des retards de croissance. Selon le PAM, 553 millions de dollars seraient nécessaires pour couvrir les besoins alimentaires essentiels d’ici à mai 2025. Selon Virginia Gamba, secrétaire générale pour les enfants et les conflits armés, plus de 3 000 mineurs sont enrôlés dans les combats, tandis que plus de 7 000 sont tués ou mutilés. Des pays comme le Yémen et le Koweït accusent les Houthis de ces recrutements. Encore davantage que par le passé, face aux difficultés économiques, les familles recourent aux mariages forcés et de nombreuses filles n’ont plus accès à l’éducation. 

M. Fletcher (OCHA) alerte sur la situation critique au Yémen et appelle à la libération du personnel onusien, au rétablissement des opérations de l’ONU et au maintien de l’accès des civils aux biens essentiels. Pour les années futures, l’IOM consacrera un budget important à trois objectifs, concernant en premier lieu les personnes à risque, l’aide humanitaire et la migration des civils. L’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU a partagé récemment ses craintes d’un retour généralisé du conflit yéménite.  

Rôle de l’ONU : 

Depuis l’unification de la République du Yémen en 1990, le conseil de sécurité de l’ONU n’a cessé de rédiger des résolutions concernant ce conflit. En effet, plus de 12 dispositions ont été votées à but politique, exigeant un cessez-le-feu pour la plupart d’entre elles. 

Dès le début du conflit, un Envoyé spécial du Secrétaire général au Yémen a été nommé dont la mission était, et reste, de tenter de rapprocher les parties et de contribuer à l’élaboration de solutions politiques. Depuis 2011, l’organisation internationale soutient les négociations politiques entre le gouvernement et l’opposition yéménite, menant à l’Initiative du Conseil de Coopération du Golfe, une union intergouvernementale entre certains pays du Golfe et envisageant l’inclusion du Yémen en tant que membre. En 2018, le Stockholm Agreement fut signé par le gouvernement yéménite et les Houthis ; cette convention avait pour but un cessez-le-feu et le retrait des forces militaires des parties dans la ville de Hudayah, afin de laisser les aides onusiennes y rentrer.. Cette même année, plusieurs pays participant à la coalition internationale pour l’opération Tempête décisive, comme l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ont proposé des dons à l’ONU pour soulager cette crise humanitaire. Chaque année, les Nations Unies font appel à une collecte de fonds pour le Yémen, permettant de récolter, par exemple, plus de quatre milliards de dollars en 2021. 

Après une décennie, force est de constater que ces efforts répétés n’ont pas permis d’aboutir à une solution durable au conflit. Les annonces se sont succédées de perspectives d’une issue possible pour se voir rapidement démenties par l’un des parties. Seul l’accord de Stockholm en 2018, négocié sous l’égide de l’Envoyé spécial pour garantir l’accès à l’aide et des denrées alimentaires via le port d’Hodeida et d’autres ports yéménites, a pu être salué comme un succès. Comme toute éventuelle initiative de paix, il reste tributaire de la bonne volonté des parties au conflit.  Sans doute les dynamiques récentes et l’assertivité des Houthis ne sont-elles pas de nature à les encourager au compromis. 

https://www.nytimes.com/2025/03/15/us/politics/us-attack-houthis.html

Selma Cherigui, APNU Jeunes

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