Crise financière des agences des Nations Unies en 2025 : causes et impacts
En 2025, le système des Nations Unies traverse une des pires crises financières de son histoire. Retards de paiements, baisses de contributions et redéfinition des priorités nationales fragilisent les budgets de nombreuses agences, notamment les agences humanitaires comme le PAM et le HCR. Cette crise intervient alors que les besoins humanitaires mondiaux explosent, alimentés par la multiplication des conflits – y compris « les conflits oubliés » -, les effets du changement climatique et les difficultés économiques persistantes.
Les raisons principales de cette crise financière sont liées à : 1) la réduction, parfois drastique, de l’aide internationale de certains grands donateurs, comme les Etats Unis 2) les retards de paiement des contributions obligatoires (budget régulier de l’ONU et opérations de maintien de la paix), et 3) une conjoncture mondiale incertaine, où les priorités budgétaires nationales ont changé, allant davantage à la sécurité et laissant moins de marge pour l’aide, notamment multilatérale.
Les conséquences de cette crise affectent le déroulement des programmes d’ aide : réduction de l’aide alimentaire, suspension de programmes de santé et de protection, et diminution des capacités d’intervention dans les zones de crise. Des millions de personnes vulnérables risquent d’en payer le prix fort. La diminution du financement de l’aide humanitaire met en danger les populations les plus vulnérables — réfugiés, déplacés internes, enfants et personnes âgées — et fragilise les gains réalisés en santé publique, nutrition et protection. Sur le plan institutionnel, la crise accélère les débats sur la réforme du système onusien (révision de mandats, consolidation d’entités, gestion des coûts), mais aussi sur la dépendance excessive vis-à-vis de quelques grands donateurs et la nécessité de diversifier les sources de financement.
Face à cette situation, l’ONU appelle à une solidarité renouvelée et à des financements prévisibles et durables pour préserver ses opérations vitales et répondre à une demande humanitaire en forte hausse. Sans un sursaut collectif, le fossé entre besoins et ressources pourrait atteindre un niveau critique en 2026.
Focus sur les conséquences opérationnelles de 2 agences : le PAM et le HCR
Face à un effondrement des financements humanitaires, le Programme alimentaire mondial (PAM) avertit que six de ses opérations les plus vitales risquent d’être interrompues d’ici la fin de l’année (République démocratique du Congo, Haïti, Afghanistan, Somalie, Soudan du Sud et Soudan.)
Selon un nouveau rapport publié par le PAM en septembre 2025 (voir lien), six pays sont au bord d’une rupture de la chaîne d’approvisionnement humanitaire : sans ressources supplémentaires, des millions de familles risquent de se trouver sans la moindre aide alimentaire à l’approche de l’hiver. En Afghanistan, moins d’un foyer sur dix reçoit encore une assistance, alors que la malnutrition atteint des sommets. En RDC, le PAM a dû réduire le nombre de bénéficiaires de son aide de 2,3 millions à 600 000, faute de moyens. En Haïti, les programmes de repas chauds ont cessé, et les familles ne reçoivent plus qu’une moitié de la ration mensuelle. En Somalie, le nombre de bénéficiaires est tombé de 2,2 millions à 350 000 en un an. Au Soudan du Sud, les rations ne couvrent plus que 50 % à 70 % des besoins, et certaines denrées essentielles – céréales, légumineuses, huiles, produits nutritionnels – manquent depuis octobre.
Le retour de la faim de masse
Le constat du PAM est glaçant : 319 millions de personnes dans le monde souffrent aujourd’hui d’insécurité alimentaire aiguë, dont 44 millions à un niveau jugé urgent. Deux famines sont déjà en cours – au Soudan et à Gaza –, et le nombre de personnes frappées par la famine ou en passe de l’être a doublé en deux ans. A titre de comparaison, seules cinq famines ont été officiellement déclarées au cours des deux dernières décennies. Dans un monde saturé de crises, les financements se raréfient : le budget du PAM devrait chuter de 10 milliards de dollars en 2024 à 6,4 milliards en 2025, soit une baisse de 40 %.
Une solidarité à bout de souffle
Les coupes budgétaires mettent aussi à mal la capacité de préparation aux urgences : pour la première fois depuis 2016, Haïti ne dispose d’aucun stock d’urgence pour la saison des ouragans, et l’Afghanistan ne peut plus prépositionner de vivres alors que la neige s’installe dans les montagnes.
Si rien n’est fait, 13,7 millions de personnes de plus pourraient souffrir de la faim d’ici quelques mois.
L’ Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) est, elle aussi , confrontée à une crise financière aiguë, entraînant des réductions drastiques de l’aide humanitaire, des suppressions d’emplois et une augmentation des risques pour les réfugiés.
L’agence a vu ses besoins de financement augmenter en raison d’un nombre record de conflits dans le monde, alors que les contributions se sont réduites, rendant inévitables des coupes dans des services essentiels comme la santé, l’éducation et l’hébergement. Le manque de financement menace jusqu’à 11,6 millions de réfugiés et expose les populations déplacées à davantage de dangers, comme la violence, les ‘abus ou des retours forcés.
Alors que 122 millions de personnes sont déplacées de force dans le monde à l’heure actuelle, un déficit de 300 millions de dollars entrave de nombreux programmes humanitaires essentiels.
Dans l’état actuel des choses, nous prévoyons de terminer l’année 2025 avec 3,9 milliards de dollars de fonds disponibles, une diminution de 1,3 milliard de dollars par rapport à 2024, soit environ 25 % de moins », a rappelé Filippo Grandi, le Haut Commissaire du HCR aux États membres et aux autres parties prenantes dans son discours d’ouverture de la 76ème session plénière du Comité exécutif du HCR à Genève, le 6 octobre dernier .
La crise du financement humanitaire a aussi déjà entraîné la perte de près de 5000 emplois au sein du HCR cette année, ainsi que des réaménagements ou des réductions d’effectifs dans 185 bureaux à travers le monde.
La crise financière à laquelle l’ ONU fait face menace aussi de paralyser ses opérations de maintien de la paix à travers le monde.
En raison des retards de paiement de la part de plusieurs États Membres, les fonds perçus sont bien inférieurs au budget approuvé pour 2025-2026, ce qui contraint l’Organisation à envisager des coupes drastiques : réduction de 15 % des dépenses, baisse d’environ 25 % des effectifs militaires et civils, fermeture de bureaux et suspension de nombreuses missions de surveillance . Ces mesures entraîneront le retrait d’environ 14000 Casques bleus et risquent d’affaiblir considérablement la capacité de ceux-ci à protéger les civils et à soutenir les processus de paix dans des zones sensibles comme la RDC, le Soudan du Sud , le Liban et Haiti.
Ce désengagement, selon plusieurs experts, pourrait favoriser la montée des groupes armés, la reprise des violences et l’expansion d’acteurs hostiles tels que l’État islamique ou la milice Wagner, tout en ouvrant davantage de terrain à l’influence chinoise.
Aux États-Unis, certains responsables militaires et politiques dénoncent une erreur stratégique majeure : les missions de maintien de la paix ne représentent que 0,02 % du budget fédéral et coûtent huit fois moins qu’une intervention militaire américaine équivalente. Les coupes, présentées comme une mesure d’économie, risquent en réalité d’affaiblir la crédibilité et les intérêts de Washington, en multipliant les crises futures et en forçant l’Amérique à agir seule.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, plaide pour une réforme visant l’efficacité sans éroder les missions vitales, tandis que le Congrès américain est exhorté à régler les 1,5 milliard de dollars d’arriérés afin d’éviter un effondrement du système de maintien de la paix mondial.
> https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157702
