Le multilatéralisme de l’avenir
L’APNU a tenu son assemblée générale annuelle le 24 mars 2025. Celle-ci s’est clôturée par un débat, ouvert au public, consacré au « multilatéralisme de l’avenir ». Modéré par Emmanuel Klimis, membre du conseil d’administration de l’APNU, cet événement a réuni le panel suivant : l’ambassadeur Marc Pecsteen, ancien représentant permanent de la Belgique aux Nations Unies, l’ambassadeur Véronique Petit, Directeur général des Affaires multilatérales au SPF Affaires étrangères, le Pr. Michel Liégeois, de l’UCLouvain, et Reinhold Brender, chercheur à l’Institut Egmont. Le thème du jour a été abordé sous différents angles : la pratique diplomatique aux Nations Unies, les défis posés par le nouveau contexte international, l’expérience et l’avenir des opérations de paix de l’ONU, la dimension européenne et les perspectives des prochains grands rendez-vous onusiens.
Les constats
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump et sa politique étrangère transactionnelle ont fait naître bien des incertitudes. Dans ce contexte mouvant il est essentiel de réaffirmer l’importance et la primauté de relations internationales basées sur des règles négociées et partagées, de continuer à collaborer à l’élaboration de réponses communes face à des défis communs, mais aussi d’identifier de nouvelles voies pour le faire efficacement.
Par ailleurs, il faut rappeler que les crises et les dysfonctionnements de l’édifice multilatéral onusien ne datent pas d’hier. Ils se sont répétés au cours de l’histoire de l’organisation. Le Pacte pour l’Avenir, un engagement collectif en faveur d’une gouvernance internationale plus efficace et réactive, a été adopté en septembre dernier par tous les Etats membres des Nations Unies. Il reflète une volonté commune de moderniser l’ONU pour faire face aux défis contemporains et de restaurer la confiance dans le multilatéralisme. Il consolide l’acquis et ouvre de nouvelles voies notamment sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle et de l’espace extra-atmosphérique, et sur la protection des intérêts des générations futures. Mais les réformes qu’il propose sont-elles encore à la hauteur des enjeux dans le nouveau paysage mondial?
Quelles pistes concrètes pour le multilatéralisme de demain ?
- S’adapter, tant bien que mal, à un contexte géopolitique et idéologique bouleversé et fluctuant.
- Intensifier les efforts pour protéger l’acquis de 80 années de coopération multilatérale.
- Renforcer la légitimité de l’ONU, en reconnaissant qu’elle est fragilisée non seulement par le comportement de certains membres permanents, mais aussi, aux yeux des pays en développement, par le manque de représentativité du Conseil de sécurité et l’incapacité des Etats membres à se mettre d’accord sur une réforme de celui-ci.
- Aller à la rencontre des pays dits “du Sud global” dont les frustrations se sont accumulées. Prendre davantage en considération leur diversité et leurs attentes, renforcer leur sentiment d’appartenance et de capacité d’influence ; pour ce faire, les pays européens sont invités à sortir de leur entre-soi au sein des instances multilatérales et à développer leur écoute. De même, ils devraient entretenir un dialogue approfondi avec ces pays à tous les niveaux, notamment sur les priorités et les valeurs respectives qu’ils souhaitent promouvoir dans ces instances, et sur l’importance de la contribution des Nations Unies à l’élaboration de solutions mutuellement profitables à des défis globaux (développement, santé, climat, intelligence artificielle, exploration spatiale…).
- Abandonner les réflexes d’alignement automatique et diversifier les alliances en fonction des sujets et des intérêts respectifs
- Procéder à un examen critique et à un élagage de l’agenda onusien – historiquement encombré d’une prolifération d’initiatives dont l’impact est souvent difficile à démontrer – pour se concentrer sur la recherche “de solutions communes à des problèmes communs” clairement identifiés ; rationaliser le système des Nations Unies et en finir avec nombreux doublons et redondances
- Trouver un équilibre entre, d’une part, le rapprochement souhaité avec les pays émergents et en développement, et, d’autre part et la réduction de l’aide mondiale au développement, causée notamment par la priorité donnée aux urgences sécuritaires. D’autant que le financement est devenu la principale pierre d’achoppement aux avancées des négociations pour la mise en œuvre des grands engagements multilatéraux (climat, biodiversité, SDG…)
- Repenser le format des opérations de paix, l’expérience des missions intégrées, coûteuses et lourdes en personnel, s’avérant pour le moins mitigée
Dans l’immédiat, la mise en œuvre du Pacte de l’Avenir, la future Conférence de Séville sur le financement du développement et la réforme des institutions financières internationales, la COP 30 sur le climat, et le Sommet de 2027, qui abordera l’avenir de l’Agenda 2030, sont autant de rendez-vous au cours desquels les États membres de l’ONU, et les pays européens en particulier, devraient faire la démonstration de leur soutien renouvelé et bien réel au système multilatéral mais aussi de leur détermination à l’adapter au nouvel environnement mondial.
Bénédicte Frankinet